L'affaire est peu commune : une nounou de 49 ans, espionnée par un couple qui la soupçonnait de mauvais traitements sur leur bébé, a assigné ses anciens employeurs pour « atteinte à la vie privée ». La plainte contre elle pour « mauvais traitements » avait été classée sans suite faute de preuve. Le tribunal correctionnel de Lyon va devoir trancher ce mardi. Retour sur les faits.
"Assoiffé et les fesses très rouges"
L'an dernier, un couple de Lyonnais décide de cacher un enregistreur numérique dans la peluche de Lucas, leur fils, âgé de quelques mois seulement. Ils ne comprennent pas pourquoi Lucas a changé de comportement depuis qu'il passe ses journées chez cette nourrice. L'enfant rentre de chez elle « exténué, assoiffé, et avec les fesses très rouges ». Ils veulent en avoir le coeur net. L'écoute de la bande audio va les tétaniser. Il n'y a pas de trace audio de maltraitances physiques, mais ce qu'ils entendent est selon eux significatif de mauvais traitements et de délaissement de l'enfant.
« Sur les huit heures d'enregistrement de la journée, on entend l'enfant durant une heure seulement, ce qui a affolé les parents », explique leur avocate, Me Béatrice Bertrand, qui explique que le garçonnet était « parqué dans une pièce aménagée en chambre au sous-sol près du garage, isolée du lieu de vie principal et sans écoute-bébé ». Sur la bande, ils entendent aussi l'assistante maternelle passer beaucoup de temps au téléphone, « des conversations téléphoniques avec des amis », précise leur avocate.
Plainte classée sans suite
Choqué, le couple porte immédiatement plainte pour mauvais traitements. Mais leur accusation sera classée sans suite, le parquet ayant jugé la «privation de soins » insuffisamment caractérisée à la suite d'une perquisition des gendarmes au domicile de la nourrice. Au tour alors de la nounou de saisir le tribunal correctionnel en citation directe pour « atteinte à la vie privée».
« On peut comprendre que des parents s'inquiètent, mais ça ne justifie pas les moyens utilisés. Ils auraient pu se rapprocher de ma cliente au lieu de sortir la grosse artillerie », a souligné l'avocat de la plaignante, Me Xavier Moroz qui réclame 2.000 euros de dommages pour le préjudice moral et 2.000 euros pour les frais de procédure. « Cette affaire a eu des conséquences sur la vie de ma cliente qui a passablement souffert de la réputation qui lui a été faite ». « Les parents ont agi ainsi dans l'idée de protéger l'enfant et peut-être d'en protéger d'autres », argue de son côté l'avocate des parents, qui a plaidé leur relaxe. « Qu'est-ce qui est le plus important ? La sécurité de l'enfant ou l'atteinte à la vie privée ? »
© France-Soir



